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NAVAGERO (Andrea), Orationes duæ. Carmina (1530)

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ANDREAE/ navgerii pa-/tricii ve-/neti oratio-/nes dvae,/ carmina/ qve/ nonnvlla./ [vignette : navcelvs]/ cavtvm nequis haec im-/pune describat, uendat’ue, prout in Senatus Ve-/neti, ac totius Italiae Principum decretis patet.

[souscription] impressvm vene-/tiis amicorvm/ cvra qvam po-/tvit fieri/ diligen-/ter./ Praelo// Ioan. Tacuini./ m. d. xxx./ iiii. id./ mart.

In-2° [44] feuillets signés ( )2 a-b4 c2 d-f4 g2 h-k4 l6 chiffrés [II] XLI [I bl]. Vignette emblématique sur le titre (67 x 104 mm). Caractères romains.

Recueil posthume de deux Orationes et des Lusus de Navagero, publié par ses amis en une édition privée. L’oraison funèbre de Bartolomeo d’Alviano est datée du 10 novembre 1515, celle de Leonardo Loredan [1], du 25 juin 1521. Le recueil des Lusus comprend 18 vœux, trois longues pièces, Acon, Damon, Jolas, 22 épigrammes, dont deux pièces prises de Philémon et de Ménandre. Plusieurs pièces du manuscrit n’ont pas été imprimées, « nonnullaque erant in litura ».

Après l’édition privée décrite ci-dessus, les Lusus furent édités avec les poésies latines de Bembo, Castiglione, Cotta et Flaminio, dans le recueil des Carmina quinque illustrium poetarum imprimé à Venise, par Vincenzo Valgrisi, en 1548, et à Florence, par Torrentino en 1549 (voir ces volumes). Les mêmes pièces avaient déjà figuré dans un autre recueil, les Doctissimorum nostra ætate Italorum epigrammata, édité par Nicolas Le Riche et publié à Paris ad insigne Aldi, sans date, mais c. 1547-1548 (voir ce volume).

Les Lusus ont connu une grande célébrité en leur temps et ont été souvent imités, en italien et en français. Dès 1554, dans son Bocage, Ronsard avait adapté quelques vœux. Du Bellay surtout, dans ses Divers jeux rustiques, imita 12 « vœux rustiques » : ‘Aspice magna Ceres (A Cérès), ‘Auræ, quæ levibus percurritis aëra pennis’ (D’un vanneur de blé au vent), ‘Dat Cereri has Teleson spicas’ (A Cérès, à Bacchus et à Palès ; Sur le mesme subject), ‘Longius a pecore errantem per devia taurum’ (D’un berger à Pan), ‘Ille tuus Pan montivage venator Jolas’ (D’un chassseur), ‘Hanc vitem’ (D’un vigneron à Bacchus), ‘Illi in amores pares’ (De deux amans, à Venus), ‘Candida Niconoe viduæ spes una Terillæ’ (D’une nymphe, à Diane), ‘Ante canes’ (Epitaphe d’un chien), ‘Quod tulit optata tandem de Leucade Thyrsis’ (A Venus), ainsi que la pièce ‘Quam tibi nunc Jani donamus, Hyella, calendis’ (Estrene d’un tableau) [2].

Le volume des Orationes duæ a été réimprimé à Paris, par Antoine Augereau pour Jean Petit (avril 1530), avec une mention précisant que l’édition vénitienne était une édition privée, « impressum Venetiis primum amicorum cura ».

Hauteur : 280 mm (l’exemplaire de la Bibliotheca Wittockiana, de Bruxelles, mesure 293 mm).

Veau brun sombre ; dos à trois nerfs orné d’un décor à froid ; sur les plats, large encadrement de deux doubles filets entrecroisés, chargé de gros fleurons et de rinceaux à motifs de feuillages ; au centre, armoiries dorées dans un cartouche à motif de cuir découpé entouré d’un grand décor fait de quatre cornes d’abondance, de rinceaux à motifs de palmes, d’entrelacs et de fleurs de lys ; tranches bleues. La décoration, à main levée, présente certains éléments de style français, des années 1550-1560, mais certaines maladresses d’exécution ne permettent pas de l’attribuer à un des grands ateliers actifs à Paris à cette époque, Etienne Roffet ou Claude de Picques. Le double cadre à filets entrecroisés et les gros fleurons en revanche sont caractéristiques des reliures italiennes. L’on ainsi pourra légitimement penser à une reliure italienne, intégrant certains éléments français, ce que confirme les armoiries. Plusieurs relieurs français s’étaient établis en Italie au cours du XVIe siècle, les plus connus étant Marcantonio Guillery et surtout Nicolas Ferry, de Reims, actif à Rome entre 1544 et 1571 sous le nom de Nicolò Franceze, qui introduisit dans la reliure romaine les entrelacs et les fers azurés.

Provenance : les armoiries des plats (« écartelé d’argent et d’azur à quatre fleurs de lys de l’un en l’autre ») sont semblables à celles de la famille vénitienne Olivotti [voir E. Morando di Custozza, Libro d’arme di Venezia, Vérone, 1979, n° 2269 ; cette famille toutefois n’est pas connue à l’époque de la reliure, et n’a son illustration qu’au XVIIIe siècle] ; ex-libris imprimé du duc de Berwick [Jacques Fitz James, né en 1670, fils naturel du duc d’York, futur Jacques II, maréchal de France en 1706, mort en 1734] ; autres de Lessore ; FEJG ; Charles van der Elst.

On connaît plusieurs autres exemplaires de la même édition revêtus de reliures de luxe, pour Jean Grolier, Giovanni Battista Grimaldi, anciennement Canevarius (Vente A. W. M. Mensing, Londres, 15 décembre 1936, n° 405, puis Major J. R. Abbey, Londres 21-23 juin 1965, n° 498), Benedetto Curzio, ambassadeur de Venise auprès de Francesco II Sforza (voir A. Hobson, Italian and French 16th Century Bookbindings, n° 2 ; reliure exécutée par l’atelier vénitien dit « de Mendoza », conservée à la Bibliotheca Wittockiana de Bruxelles) ; Tammaro de Marinis mentionne un exemplaire dans une reliure vénitienne en maroquin rouge portant le nom de l’auteur sur les plats (vente Sotheby, 22 mars 1929).

→ Brunet IV, 23 ; BL, 462 (2 exemplaires) ; Ascarelli-Menato, p. 335-336 ; Panizzi, 3980.

[1Doge de Venise (1501-1521).

[2Pour une description détaillée des pièces, voir J. P. Barbier-Mueller, Ma Bibliothèque poétique, III, Genève, Droz, 1994, p. 126-128.

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